Londres 1980

il y toujours chez Bresson le souci de la restitution du lien, parfois de la trace d’une présence authentique saisie dans un moment particulier dans un espace particulier : policeman qui arpente le macadam, cycliste devant un bus à impérial, enfant au pigeon à Trafalgar Square.

Il a compris le métro comme un champ d’investigation fascinant qui favorise fugitivement le rassemblement d’inconnus. Ces derniers, confrontés à la nécessité d’un déplacement de caractère souvent professionnel, assis accolés les uns aux autres avec attaché case ou carton sur les genoux dans une rame, forment un ensemble fragile de type temporaire et aléatoire.
Bresson ne cache ni son attente ni son appareil et les voyageurs peuvent à leur gré l’ignorer ou s’imaginer lui imposer l’image qu’ils souhaitent donner d’eux mêmes. Ce ne sont pas des photos dérobées comme celles de Walker Evans mais des photographies d’instants partagés dans l’indifférence ou la connivence.

Martine Dancer (31 janvier 2006)

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