Le sang et la lumière

Yves BRESSON vient de la mine. Il vient du métal et de la métallurgie. Dans la noirceur, dans l'ombre même du charbon, il veut cueillir l'empreinte des choses, leur fossile... Plus que l'empreinte des choses, les signes de la vie. Plus que les signes de la vie, l'homme.

Les signes de l'homme, ce sont d'abord des signes de couleur: le bleu enfoui au creux de rochers, à la fois source, fœtus, et ruban pour la fête. Ce sont les graffitis gravés (depuis quand ?) sur la pierre dans laquelle, coquetterie, au-dessus d'une brindille cachée, Yves Bresson découvre le nom d'Atget (mais l'orthographe n'est pas tout à fait la même !)
Issu (avec quelle souffrance, avec quelle joie ?) des profondeurs de la terre et de la nuit, Yves Bresson touche alors le matériau et il en connaît la chaleur.
C'est la chaleur de l'animal. Et pas n'importe lequel. Le bœuf des sacrifices antiques. Taureau sacrifié de la corrida. Minotaure, mélange de bête et de dieu.
Mais les choses ne sont pas simples. C'est dans la bête nouée, entravée, enchaînée, barrée, immolée que la liberté se façonne. C'est en brûlant l'os, la corne, le poil dans la fusion du métal. Et au cœur de cette tragédie, le photographe se découvre lui-même, prend son propre masque et pétrit dans la terre elle-même, sa propre mort.
Cette quête de l'homme est d'une certaine manière terrifiante : elle se résout dans le sang et la lumière

Paul JAY
Conservateur du musée Nicéphore Nièpce

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